Petit cours à l'usage des curieux en tout genre, histoire surtout de rectifier des énormités lues et entendues sur la blogo et facebook depuis quelques temps.

D'abord, un peu de vocabulaire:

Editeur: c'est celui qui "crée" le livre (choix du sujet, du titre, de l'inscription ou pas dans une collection existante, de la mise en page, du prix...) plus ou moins en rapport avec ses auteurs
C'est lui qui paye les intervenants (auteur des textes des recettes, styliste culinaire, photographe culinaire).

Il fait ensuite appel aux autres maillons de la chaîne du livre: d'abord l'imprimeur, qui se charge comme son nom l'indique de l'imprimer. C'est avec lui que l'éditeur va déterminer la qualité du papier, la couverture (rigide ou souple) et la reliure (collée, cousue...). Ces éléments ont une forte incidence sur le prix final du livre.

Pour se faire connaitre auprès des libraires qui vont vendre le livre, il peut ou pas faire appel à un diffuseur.
La plupart des éditeurs font appel à des diffuseurs qui sont aussi distributeurs, c'est à dire que non seulement il présente le livre plusieurs semaines avant sa parution (voire même son impression) aux libraires, mais en plus il se charge ensuite d'envoyer effectivement le livre au libraire lors de sa sortie (en faisant appel à un transporteur) et à le facturer.

Bien évidemment tout ceci à un coût, ce qui explique que les petits éditeurs fassent tout eux mêmes.
Cela veut dire concrètement qu'ils prennent leur livre sous le bras et font le tour des librairies susceptibles d'être intéressées (bon, ça marche aussi avec un PDF envoyé par email mais généralement on récompense le culot). Et qu'ensuite ils expédient avec un colissimo les ouvrages que l'on reçoit donc par la poste.

Exemples concrets:

Editeur qui fait tout lui même: Menu Fretin ou encore Altal Edition

Editeur qui se diffuse lui même mais qui fait ensuite appel à un distributeur: Glénat ou Larousse (qui vont ensuite être distribués par Hachette)

Editeur qui fait appel à un diffuseur/distributeur (dont le grand public n'a généralement jamais entendu parler):
Marabout, Hachette pratique, Le Chêne, passent par Hachette distribution (environ 1/3 de l'édition française passe par ce canal)
First, Tana, Solar, Les éditions Culinaires ou encore Romain Pages passent par Interforum
Flammarion, mais aussi Acte Sud, Delagrave/Lanore/villette  passent par Union Distribution
Minerva et Aubanel font appel à Volumen
Agnès Viénot ou ESI passent par la SODIS
Les éditions de l'Epure sont diffusées et distribuées par les Belles Lettres.
Mango, Fleurus, Rustica passent par MDS
La Plage ou Leduc font appel à Dilisco
Ouest France passe par une structure interne qui s'appelle Ouest France édilarge

Donc contrairement à ce que j'ai lu, peu importe le tirage pour être présent en librairie. Ce qui importe c'est le dynamisme du diffuseur (qu'il soit l'édtieur ou pas) et donc au final la relation entre le représentant et le libraire. C'est là dessus que se joue la présence ou non d'un livre sur les tables, dans les vitrines de la boutique ou en rayon. Nous avons des relations de confiance avec nos représentants, qui épluchent leur catalogue pour nous présenter les livres qui vont intéresser notre clientèle.
A ce moment là, on ne connait bien souvent que le nom de l'auteur, le titre du livre (qui va peut être changer), sa taille (qui va peut être changer), son prix (idem) et le sujet. Et une date présumée de sortie (suivant les éditeurs, on apprend vite s'il faut faire un + 2 mois pour être sur le planning réèl).
C'est ce qu'on appelle un office. Il faut savoir que les libraires acceptent les offices car c'est la condition sine qua non pour obtenir une remise intéressante (sinon, on peut se retrouver à 20% ce qui ne permet pas de vivre).

En tant que libraire spécialisée, c'est un peu particulier dans la mesure où l'on prend TOUT ce qui va paraitre en au moins 1 exemplaire (mais souvent c'est 3 ou 5 exemplaires pour pouvoir faire une pile et mettre éventuellement le livre en vitrine; et carrément 10 ou plus quand on a la certitude que cela va fonctionner). Et ensuite lorsqu'on le reçoit, on voit si on s'est planté ou pas, si le livre vaut le coup, s'il a des retours presse... ou bien si on va se retrouver avec un truc invendable sur les bras.

Dans ce cas, reste l'hypothèse du retour au distributeur (et à l'éditeur s'il se distribue lui même). C'est là toute la singularité du système et tout l'illogisme économique du système.
En tant que libraire, on prend en effet un risque puisqu'on commande le livre sur catalogue, bien longtemps avant sa sortie, et que l'on ne peut que se fier à ce que nous dit notre représentant qui lui même tient ses informations de la réunion qu'a eu le service commercial avec l'éditeur.
Autrement dit, il peut y avoir gros cafouillage et on peut se retrouver avec un livre pas au niveau de ce que l'on espérait.
Donc, il est possible de retourner le livre entre 2 ou 3 mois (selon que l'on paye à 30 ou 60 jours) et 1 an après son arrivée dans la librairie, et l'on est crédité selon les conditions de paiement.

Exemple concrêt

Je commande un livre le 15 janvier à mon représentant.
Le livre arrive le 10 avril dans ma librairie. J'aurai le droit de le retourner à partir du 10 juin ou 10 juillet.
Je vais le payer à 30 ou 60 jours fin de mois soit le 31 mai ou le 30 juin (autrement dit, je le paye avant de pouvoir le retourner).
Si je décide de le retourner dès le 10 juin ou 10 juillet (vraiment, c'est une nullité, je ne vois pas ce que je vais en faire), je serai créditée d'un avoir sur les factures à venir (et non pas remboursée) à 30 jours fin de mois soit le 31 juillet (et encore, ça c'est coup de bol quand ils traitent le retour tout de suite) ou à 60 jours fin de mois (soit le 31 août).


Autrement dit, le libraire fait la trésorerie de l'éditeur. C'est pour cela que certains éditeurs et distributeurs peu scrupuleux chercher à placer le maximum d'ouvrages chez les libraires, peu important le fait que le livre soit vendu ou pas (bon, c'est quand même mieux s'il est vendu).
C'est aussi pour cela qu'il y a une prolifération éditoriale: charque placement d'un nouveau livre chez les libraires permet de faire rentrer chez les éditeurs et distributeurs l'argent liquide finançant les livres parus précédemment et pas forcément écoulés.
C'est aussi pour cela que lorsque les libraires ferment le robinet et refusent de plus en plus de prendre les offices, il y a des faillites des éditeurs.

Le diffuseur/distributeur, comme le fait justement remarquer Sarah en commentaire, s'en sort toujours lui. Il est payé même si le livre est retourné à l'éditeur.

Tout le paradoxe du système est que le distributeur a la main mise non seulement sur le prix final du produit (la loi Lang de 1981 impose en effet un prix unique de vente du livre en France), mais aussi sur la remise accordée au libraire.
Le libraire n'est donc pas libre de sa marge puisqu'il ne peut pas augmenter le prix de vente pour palier à une augmentation des charges fixes.

D'où la relation de confiance que j'ai avec mes représentants car nous savons tous pertinemment qu'il faut aller dans la même direction pour que le système ne coule pas et que les libraires continues à proposer une offre intéressante et diversifiée. J'ai en effet la chance de ne jamais avoir un représentant qui a essayé de me forcer la main: ils sont parfois déçus si je commande peu d'un titre (alors que leur direction commerciale leur a mis une grosse pression) mais ils entendent toujours mes raisons et les respectent.

D'où aussi mon coup de gueule contre un éditeur qui ne joue pas le jeu. On peut faire des livres pas chers et très bien, on peut faire des horreurs qui ne se vendront jamais hors de prix. Il n'y a pas de règle et il en faut pour tous les goûts.

Mais il faut surtout que tous les acteurs de la chaîne du livre s'y retrouvent et notamment que les auteurs, les stylistes et les photographes continuent à être crédités et payés décemment.

A chacun son métier, car c'est un métier d'écrire un livre. Un travail que l'on doit effectuer en ayant conscience qu'au final il y a un acheteur qui va payer et qui est donc en droit d'obtenir une certaine qualité de travail.